« Si Ali était d’origine Belge, il est certain que notre gouvernement aurait agi d’une manière bien plus volontaire. Pour lui et sa sœur qui a elle aussi entamé une grève de la faim, nous ne pouvons rester silencieux ! » Voilà ce qu’écrit La Libre le 29/10/2015. (voir l’article complet sur La Libre)
Le cas personnel et douloureux d’Ali Aarrass, ce belgo-marocain, né en Europe, ayant toujours vécu en Europe et extradé par l’Espagne vers le Maroc sous prétexte que ses parents étaient marocains et dont il a hérité la nationalité, est une tragédie. Y a-t-il des raisons de débattre entre citoyens sur ce qui peut mener un belge en prison au Maroc, alors qu’au moment de son arrestation il vivait en Espagne, cette dernière s’étant fait condamnée de l’avoir extradé vers le pays d’origine de ses parents, dont il ne parle pas la langue, où il n’a jamais habité et où il a été jugé sur base d’aveux obtenus sous la torture (constaté par des institutions internationales). Le gouvernement de son pays (la Belgique) ne fait rien, malgré une condamnation (confirmée en appel) à le faire. Même l’Espagne ne fait rien, malgré que la justice l’ait réprimandée.
N’y a-t-il pas matière à discuter, d’un point de vue des droits des citoyens européens ? Pourquoi ne pas faire le parallèle avec les citoyens francophones et néerlandophones en Belgique, qui ont le droit de se faire juger chez eux et dans leur langue ? Comment un citoyen européen peut-il être obligé de se faire juger dans un pays étranger, sous prétexte que ses parents en sont originaires, même s’il n’y a jamais habité et qu’il en connait à peine la langue ? Face à ce monde qui se mélange, est-ce là la sécurité qu’offre l’Europe à ses citoyens ?
Assurément, et au-delà des mobilisations que génère le comité FREE ALI AARRASS, que fait-on de ce mouvement de la société civile ? Le droit de se faire juger chez soi et dans sa langue vaut-il pour les européens ? A-t-on le droit, en cas de condamnation, de choisir l’incarcération près de chez soi, pour avoir droit au contact avec sa famille ? Les enfants d’un condamné ont-ils le droit de visiter leur parent, sans devoir prendre l’avion pour un lointain pays ?
N’est-on européen « qu’entre guillemets », par rapport à d’autres citoyens qui ont des parents européens, sous prétexte qu’on a un(des) parent(s) extra-européen(s) ? Peut-on accepter que des citoyens européens, nés en Europe, élevés et diplômés en Europe, ayant toujours vécu en Europe, travaillant en Europe, ayant une famille à charge en Europe soient ainsi extradés à l’encontre du droit ? Ensuite, malgré qu’il ait effectué son service militaire dans les rangs de l’armée belge avant de retourner vivre en Espagne, le droit à l’assistance consulaire ne lui soit pas accordé, malgré une condamnation ‘exécutoire’ au tribunal ?
Les citoyens ne devraient-ils pas interpeller les Ambassadeurs du Maroc partout où il se produisent, eux qui aiment tant la compagnie des Marocains d’Europe, mais qui refusent de recevoir des délégations d’un mouvement citoyen ?
Les citoyens devraient en tout cas interpeller leur ministres de la justice ou des affaires étrangères, pour exiger qu’un citoyen européen ait des droits selon sa nationalité à lui(elle), pas d’après celle de ses parents. Le gouvernement belge peut-il ignorer ce cas d’Ali Aarrass ?
La société civile a tout intérêt, assurément, à s’emparer du débat. 