Des institutions au service d’une décroissance sélective
Les Institutions européennes, du fait de leur rôle d’impulsion et de redistribution, ainsi que de leur devoir d’exemplarité, se devraient d’oeuvrer afin de favoriser des initiatives alternatives et novatrices dans le sens d’une véritable transition économique. En promouvant le retour à l’économie sociale et coopérative, des processus de démocratie plus directe et de nouvelles expériences collectives, la société civile a également une fonction majeure à assumer dans la construction concrète d’alternatives crédibles.
Il convient d’entendre le processus découlant de l’objection de croissance comme une combinaison complexe de croissance sélectives et solidaires (par exemple en matière de souveraineté alimentaire, de soins de santé, d’éducation et de logement, singulièrement dans les pays du « tiers-monde ») et de décroissances sélectives et solidaires (en terme de consommation d’énergie, de viande, de poisson, d’automobiles, de médicaments, d’arme, etc., singulièrement chez les classes dominantes du Nord de la planète), ce à la fois sur le plan des territoires et des secteurs de l’activité humaine.
Il convient de retrouver les chemins de la contemplation, de la solidarité, du silence, de la lenteur, des vertus de l’âge, de la mémoire, de la gratuité, de la convivialité. Sur le plan politique, cela signifie opter, sous la houlette d’une puissance publique volontariste, pour une frugalité joyeuse et égalitaire par des décroissances sélectives, en fonction des capacités de chacun, des secteurs économiques et des régions du monde, et par des croissances du bien-être et du savoir.
Nous assistons à l’émergence d’un nouveau mouvement historique, avec des projets de justice sociale et environnementale fondés sur de concepts novateurs: les biens communs de l’humanité, la gratuité, l’allocation universelle, le volontariat, le revenu maximal… Il se caractérise aussi par une composante d’action collective, d’entraide, de coopération et de solidarité, le but étant de recréer des espaces et des circuits, tant culturels qu’économiques, qui brisent la solitude et l’atomisation engendrées par la logique marchande capitaliste. Dans ce contexte, la politique peut prétendre gérer « les rapports entre les hommes à propos de la répartition des choses », et « le rapport entre les choses pour assurer le bien-être des hommes et la pérennité des écosystèmes ». Il ne s’agit plus de négocier seulement entre nous, les êtres humains, mais de tenir compte aussi des besoins de la nature dans le cadre d’une véritable politique de civilisation qui nous enjoint d’interroger la justice sociale non plus sous le seul angle de la redistribution, mais aussi sous celui de la production.
Proposition de Jean Cornil